Quelle est l’originalité de votre livre ? C’est le regard d’un jeune de vingt ans qui débarque brusquement en « terre inconnue ». Volontaire pour servir comme observateur-mitrailleur dans une escadrille de T6, pour la recherche des bandes rebelles et l’appui des troupes au sol. Le lecteur est très rapidement dans un récit que j’ai voulu très vivant illustré de 80 photos inédites, pour beaucoup prises en vol. C’est le seul ouvrage qui relate la vie d’une escadrille au combat. Une vie au contact des populations… Ayant déjà exploré un certain nombre de pays d’Europe, je suis arrivé en Algérie avec mon guide vert Michelin et la ferme intention de découvrir en profondeur ce pays dont on disait tout et son contraire. Au-delà des missions de combat, j’ai pris contact avec les populations locales, qu’elles soient d’origine européenne ou berbère. Je me suis porté volontaire pour toutes les missions y compris l’accompagnement des troupes au sol, allant au-devant des populations les plus reculées des Aurès ou de Kabylie. Qu’est-ce qui vous a le plus étonné ? La découverte de gens extrêmement attachants, qui aimaient profondément la France, en particulier les anciens combattants des deux grandes guerres mondiales, portant fièrement sur leur grand burnous blanc les décorations remportées sur des théâtres d’opérations aussi prestigieux que Monte Cassino. L’existence d’anciennes villes romaines et chrétiennes, témoins d’une période florissante, hélas balayée par la conquête arabo-musulmane. Vous abordez des questions peu connues comme le droit à la colonisation… Les populations venues en Afrique du Nord après la pacification française de 1830-1850 étaient généralement très pauvres ; on leur a confié des lopins de terres abandonnés, incultes, insalubres, dont personne ne voulait. En deux générations, l’Algérie est redevenue, comme au temps des romains, un grenier à blé, sans parler du développement des agrumes, de l’alpha… Ce droit à la colonisation des terres inexploitées a été codifié dès le XVIe siècle par des grands juristes comme Victoria ou Suarez à l’occasion de l’exploration du « Nouveau Monde ». Vous parlez aussi de fausses informations, de photos truquées… Dans un des plus grands quotidiens nationaux paraissent un jour des photos de tortures qui auraient été pratiquées sur des prisonniers. En réalité, il s’agissait d’une fête copieusement arrosée par des soldats libérés et les fils électriques étaient ceux d’un tourne-disque. La violence sur des prisonniers désarmés est non seulement inacceptable, mais tout bonnement inefficace. Bien traités, beaucoup d’anciens rebelles s’engageront aux côtés des troupes françaises comme l’a montré le célèbre commando Georges. La guerre d’Algérie pouvait-elle se terminer autrement ? Dès 1958, le Bachaga Boualem a proposé au général de Gaulle de renvoyer les jeunes appelés dans leurs familles, de ne garder que les volontaires et l’armée de métier, de faire passer les harkis de 200 000 à 300 000 hommes, en transformant ces supplétifs en unités régulières appelées à prendre progressivement le relais des troupes françaises, de conserver les Unités territoriales et groupes locaux d’autodéfense (civils armés assurant la protection des bâtiments publics). Et aussi d’accélérer l’accession des autochtones aux postes administratifs et professions libérales, de commencer par des élections libres aux échelons locaux, d’évoluer progressivement vers une autonomie réaliste et de conserver en tous domaines des traités de coopération avec la France. Au lieu de cela, de Gaulle a arbitrairement livré l’Algérie aux terroristes exilés au Maroc et en Tunisie qui se sont empressés de liquider avec la plus grande sauvagerie tous ceux, européens, berbères, kabyles… qui avaient eu le tort de croire en la France. La guerre d’Algérie à 20 ans – 1954-1962, Daniel Cadet, éditions Atelier Fol’Fer, 144 pages, 19 euros.
|