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Mai 2026 – le message d’Évelyne Cotinet

Chers lecteurs,

Patrimoine national, identité, histoire sont des valeurs que les auteurs dont nous présentons les œuvres ont toujours à cœur : c’est la grande raison d’exister des livres que nous sélectionnons pour vous chaque mois…

Nos nouvelles parutions

Ce mois-ci, notre fondateur Philippe Randa vous propose plus d’une dizaine de livres nouveaux aux thèmes variés : Jean Bataille nous conte les aventures de ces jeunes garçons qui ont été Les volontaires français au Liban durant la « Guerre des Deux Ans » (1975-1976), tandis que Philippe de Parseval relate celles de Jean-Louis Rondy, médecin-soldat qui fut à Dien Bien Phu, dans les camps viets, puis en Afrique, « toujours au plus près de l’ennemi dans les combats »… et Olivier de Marliave nous raconte dans Les peuples d’Israël comment les diasporas ont peuplé l’État hébreux.

Technique de défense légitime à l’usage des femmes face à une agression !

Le livre de Raymond H. A. Carter Self-défense féminine n’est pas une incitation à la bagarre ou à la violence gratuite, mais constitue un moyen pour y faire face au mieux dans notre société de plus en plus agressive avec les conséquences parfois funestes que l’on connaît. Il vise à vous donner confiance en vous pour ne plus subir l’agressivité des autres sans pouvoir y faire face en tout état de cause et au mieux afin de ne plus apparaître ou être la victime choisie de quelques malfaiteurs ou voyous sans foi ni loi.

Je vous souhaite à tous d’excellentes heures de lecture…
Bien à vous,

Évelyne Cotinet, responsable de Francephi diffusion

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Entretien avec Jérôme Verschoote, auteur de « Partout J’en Suis ». L’équipage de Fontaine-Henry (1879-1914) 

(Propos recueillis par Fabrice Dutilleul)

Jérôme Verschoote, ancien officier supérieur, attaché de toutes ses fibres à sa Normandie natale, pratique lui même la vénerie dans les voies du lièvre, du chevreuil et du cerf. Il appartient à l’équipage du Val-d’Andaines, qui découple dans la voie du cerf en forêt d’Andaines, celle-là même qui accueillit l’équipage de Fontaine-Henry il y a plus de 100 ans.

« La Vénerie est un sujet polémique,
entretenu par de nombreux fantasmes et de contre-vérités.
Du fait de la difficulté éminente posée par les règles éthiques qu’elle s’impose,
par l’exercice physique et les qualités techniques qu’elle requiert,
(elle) prélève très peu d’animaux.
L’animal pris par les chiens est servi
avec respect et honneur, sans souffrances inutiles »

 

Qu’est-ce que la vénerie et quelle est son importance en France et à l’étranger ?

La vénerie est une pratique ancestrale qui consiste à courre (verbe ancien synonyme de chasser) un animal sauvage, à cor et à cri, par le moyen d’une meute de chiens courants, créancés sur la voie dudit animal.

Aujourd’hui, elle compte 10 000 pratiquants et 100 000 sympathisants répartis dans 350 équipages partout en France. Elle est pratiquée également dans de nombreux pays étrangers et sur tous les continents.

En France, elle répond toutefois à une éthique et à un cérémonial très particuliers qui la rendent unique.

Qui était le Marquis Jean de Cornulier et son équipage, sujet de votre livre « Partout J’en Suis ». L’équipage de Fontaine-Henry (1879-1914) 

Le marquis Jean de Cornulier appartenait à une antique noblesse d’épée. Lui-même avait combattu l’ennemi durant la guerre de 1870. Il cultivait la passion ancestrale de la vénerie qu’il tenait de ses aïeux.

Très éprouvé par la vie, il perdit successivement une enfant, puis son épouse ; il fit face, avec la plus grande énergie, non seulement en créant un équipage de vénerie, tâche ô combien ! difficile, mais aussi en promouvant la race du Trotteur Français à la suite son père. Un prix Cornulier se court toujours à Vincennes. Notons qu’il sélectionnait ses reproducteurs en fonction des performances qu’il observait à la chasse.

Quels sont vos rapports avec les détracteurs de la chasse et que leur répondez-vous aux habituelles accusations de barbarie envers les animaux ?

C’est un sujet polémique, entretenu par de nombreux fantasmes et de contre-vérités.

La vénerie, du fait de la difficulté éminente posée par les règles éthiques qu’elle s’impose, par l’exercice physique et les qualités techniques qu’elle requiert, prélève très peu d’animaux. L’animal pris par les chiens est servi avec respect et honneur, sans souffrances inutiles.

Dans quelle mesure la chasse à courre participe-t-elle à l’indispensable régulation de la faune dans les campagnes ?

Les meutes font le travail qu’autrefois assuraient les loups : réguler des espèces prolifiques (notamment sangliers, cerfs et chevreuils) qui causent des dommages aux cultures et qui, par consanguinité, mettent en péril la survie des espèces. Cette régulation est d’ailleurs souhaitée et encadrée par les pouvoirs publics.

La vénerie ne fait qu’y participer, à moindre échelle au regard des prélèvements effectués par la chasse à tir.

Il faut ajouter que la vénerie développe chez les animaux sauvages les capacités ataviques qu’ils détiennent par leurs gènes pour survivre et surclasser leurs prédateurs : loup, chiens, hommes.

Quels rapports entretenez-vous avec les autres chasseurs qui ne pratiquent pas la chasse à courre ?

Il y a confluence des mêmes passions et intérêts. Les relations sont excellentes, tant sur les plans locaux que national, notamment sous l’égide de la société de vénerie qui « veille au grain » si je puis dire afin d’éviter tous contentieux stériles et dérives potentielles.

La chasse à courre reste-t-elle pratiquée par un seul milieu favorisé ou tend-telle à se populariser ? Quelle est l’impact de son coût financier dans sa pratique ?

Depuis toujours, la vénerie est une activité populaire qui draine une masse considérable de passionnés de tout milieu. Elle constitue un creuset qui gomme merveilleusement les classes sociales, les rassemblant autour de l’amour de la nature, des grands espaces, de la magie qui s’opère.

Certes, les acteurs proprement dits doivent appartenir aux équipages, c’est à dire participer financièrement à leur entretien. Ce coût varie en fonction du train de l’équipage (chasser un lièvre à pied ou un cerf à cheval ne mobilise pas les mêmes moyens), du prix des licences de territoires fixés par l’ONF en forêt domaniale par exemple, des contraintes extérieures diverses.

Comme toute activité ludique, la vénerie à un coût, mais reste totalement libre, gratuite et ouverte à tous les curieux et suiveurs qui en nombre participent à pied, en voiture ou en vélo au déroulé des chasses.

« Partout J’en Suis ». L’équipage de Fontaine-Henry (1879-1914), Jérôme Verschoote, Éditions Nos chères provinces, collection « Nos grandes figures », 82 pages, 17 € ; pour commander ce livre, cliquez ici

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Entretien avec Richard Dessens, auteur de Plaidoyer pour une Russie européenne

(propos recueillis par Fabrice Dutilleul)

Enseignant depuis plusieurs années, Docteur en droit, DEA de philosophie et licencié en histoire, Richard Dessens est l’auteur d’ouvrages d’histoire des idées politiques, de relations internationales, d’essais politiques et d’une biographie du grand journaliste du XIXe siècle Henri Rochefort. Il collabore au site de la réinformation européenne EuroLibertés.

 

« La Russie est un pays sans frontières naturelles
et qui depuis plus de mille ans a tenté,
au prix de guerres incessantes et meurtrières,
d’en stabiliser des contours,
notamment sur son flanc ouest européen »

 

N’est-il pas hasardeux d’évoquer un « plaidoyer » concernant la Russie, et encore moins une Russie « européenne » ?

En effet, j’ai bien conscience d’aller à contre-courant d’un véritable « lavage de cerveau ». La Russie serait l’ennemie car dirigée par une « boucher » (Vladimir Poutine), tandis que l’Ukraine injustement envahie, aux mains d’un Volodymyr Zelenski exalté et prêt à verser le sang de l’Europe pour servir ses intérêts, doit être défendue, serait-ce au prix d’un affrontement militaire de l’Union européenne avec la Russie. Tout cela est une nouvelle folie mortifère, supportée par une idéologie des élites européistes, mixitaire, droit-de-l’hommienne, wokiste, immigrationniste, négatrice des valeurs civilisationnelles de l’Europe. Pour elle, la Russie est l’incarnation de tout ce qu’elle déteste et qu’elle est en train de détruire au sein même de l’Europe, malgré quelques sursauts minoritaires encore.

Il semblerait qu’il y ait tout de même un consensus en Europe pour contrer la Russie. Votre position est très marginale. Comment pouvez-vous la justifier ?

Il y a deux questions majeures à distinguer. La première, je viens de l’évoquer et elle ressort d’une lutte idéologique contre Vladimir Poutine. La seconde est d’une autre nature : elle consiste à ignorer, lorsqu’elle ne caricature pas ou ne méprise pas, la position russe avec ses impératifs, son histoire, ses mentalités, son âme souvent dévastée, ses nécessités existentielles. L’excellent ouvrage récent de Jacques Allaman, Russie : plaidoyer pour un pays méconnu, en explique d’ailleurs très bien les tréfonds. La Russie est un pays sans frontières naturelles et qui depuis plus de mille ans a tenté, au prix de guerres incessantes et meurtrières, d’en stabiliser des contours, notamment sur son flanc ouest européen. Le « consensus » des élites européiste dont vous parlez est en réalité une union contre la Russie qu’elles considèrent comme l’ennemi de son idéologie, dans la continuité de la période dépassée de l’URSS communiste, mais aussi, il ne faut pas l’oublier, de la Russie tsariste, également méprisée par l’Europe, sauf la petite période de la fin du XIXe siècle où l’appui de la Russie dans la préparation de la revanche de la France contre l’Allemagne, était utile.

Vous insistez sur l’histoire millénaire tragique d’une Russie sans cesse menacée et envahie. Par la Pologne-Lituanie, la Suède, les Mongols, les Ottomans. Vous la présentez aussi comme le rempart de l’Europe contre toutes les invasions.

Vous avez raison, mais malheureusement qui connaît en France cette histoire dramatique qui a forgé le caractère et les nécessités russes ? Peu de monde probablement tant l’Europe bien-pensante s’est évertuée à l’occulter, ou la déformer ou la stigmatiser grossièrement. Je crois en effet que la Russie est le rempart de l’Europe dont elle fait partie intégrante par son origine scandinave et slave notamment. Le peuple russe est un peuple européen qui a le grand défaut aux yeux des élites européistes de vouloir conserver les valeurs traditionnelles et même religieuses de l’Europe.

Vous plaider pour une union avec la Russie. N’est-ce pas une idée utopique irréalisable ?

En l’état actuel de l’Europe vous avez certainement raison. Une telle union passe par une priorité préalable : celle de la survie de la civilisation européenne, avant tout autre considération économique ou politique. L’essentiel est bien là aujourd’hui. Mais les peuples européens n’en ont pas encore conscience et privilégient leur confort apparent, dans une modération lâche censée être le privilège de l’intelligence, et préférant se fermer les yeux sur les catastrophes qui se profilent. Les États-Nations, de création d’ailleurs récente, doivent disparaître au profit d’une Europe régionaliste dont les contours existent d’ailleurs déjà (petits États européens (Hongrie, Belgique, Slovénie, etc.), Landers ou régions françaises, italiennes ou espagnoles). Cette Europe nouvelle, Europe des peuples charnels, Europe-Puissance, autonome des USA notamment, avec un véritable Président doté de réels pouvoirs décisionnaires, pourrait alors mettre en œuvre une alliance sincère avec la Russie, avec laquelle il n’y aurait plus qu’une seule frontière respectant l’histoire de la Russie. Utopique ? Une union civilisationnelle de l’Europe a été déjà tentée à plusieurs reprises, mais sans succès car toujours au nom d’un État dominateur. Non si une révolution des esprits et la conscience du devenir européen renversent enfin les idées toutes faites.

Plaidoyer pour une Russie européenne, Richard Dessens, Editions Dualpha, collection « Patrimoine des héritage », 218 pages, 29 €. Pour commander ce livre, cliquez ici.

 

 

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Entretien avec Alain Sanders co-auteur avec Jean Raspail d’Armand de La Rouërie, l’« autre héros » des deux nations

Armand de La Rouërie : un héros nommé de la guerre d’indépendance américaine et la chouannerie bretonne

Nouvelle édition augmentée aux éditions Dualpha du livre de Jean Raspail et d’Alain Sanders Armand de La Rouërie, l’« autre héros » des deux nations, préfacé par Reynald Secher.

(propos recueillis par Fabrice Dutilleul).

Alain Sanders, né à Salé (Maroc), rejoint le quotidien Présent fin 1982. Grand reporter, il assurera notamment de nombreux reportages à l’Étranger. Il est par ailleurs l’auteur de plus de 80 livres, recueils de poésies, théâtre, romans, essais, bandes dessinées, reportages… et avec Bernard Lugan, de l’adaptation et des paroles des Partisans blancs. Animateur de l’association Country Music attitude, il est parolier de nombreuses chansons country.

 

« Avec Jean Raspail,
nous avons voulu apporter notre témoignage,
notre piété filiale, notre admiration
à l’égard d’un homme hors du commun »

Pourriez-vous brosser, en quelques mots, le portrait d’Armand de La Rouërie dont vous écrivez qu’il est « méconnu, pour ne pas dire inconnu en France » ?

Il fut tout à la fois l’un des héros de la guerre d’indépendance américaine et, à son retour, l’un des fondateurs avec le comte de Noyan de l’Association bretonne, matrice de la chouannerie bretonne. Il est né à Fougères en 1751 et mort au château de La Guyomarais en 1793. Dans des conditions d’héroïcité que nous invitons le lecteur à découvrir. Breton, il connaissait l’histoire de sa Bretagne grignotée au fil des siècles par les rois de France. Il n’empêche qu’il sera, au retour de son engagement en Amérique (où les tactiques de guérilla contre les Habits rouges vont l’inspirer pour les raids chouans), révulsé par les horreurs de la Révolution. Lui qui avait défendu – et jusqu’à Versailles – les droits fondamentaux bretons, s’engagera pour la défense et la préservation de la monarchie. Sa fidélité au roi et aux princes (et pour être fidèles à ces derniers, il fallait bien du courage…) sera sans failles. Il suscitera des fidélités indéfectibles autour de lui. Dans tout autre pays que chez nous, cet homme, mort à 42 ans, emporté par le choc causé par la mise à mort de Louis XVI, aurait inspiré des films et autant d’hommages et de belles histoires. Il n’en est rien. C’est la raison pour laquelle nous avons voulu, avec Jean Raspail, apporter notre témoignage, notre piété filiale, notre admiration à l’égard d’un homme hors du commun.

Pour quelles raisons, d’après vous, est-il aujourd’hui moins connu que d’autres figures de la résistance vendéenne ou chouanne ?

La raison principale tient à sa mort prématurée : janvier 1793. Il a pourtant réalisé beaucoup de choses dans un court laps de temps. Le 15 mai 1791, il rencontre le comte d’Artois à Coblence. Il fait venir 3 000 fusils d’Ostende. En mars 1792, il envoie Louis-Anne du Pontavice à Coblence pour demander et obtenir une commission qui lui donnera les pleins pouvoirs et recommandera de ne plus émigrer, mais de rester se battre in situ. En mai 1792, il convoque ses officiers dans son château de La Rouërie et passe dans la clandestinité. Fin juillet, il demande à ses comités de se tenir prêts. Début août, il rencontre Jean Chouan. L’armée de Brunswick ayant battu en retraite, il décide de passer à l’offensive en Bretagne le 10 octobre. Il obtient la présence du comte d’Artois en Bretagne, date fixée au 10 mai 1793. Mais l’un de ses proches (le sinistre docteur Chévetel) vend l’information à Danton et cette venue du comte d’Artois, qui aurait pu changer beaucoup de choses, ne se fera pas (et ne se fera hélas jamais). Le 30 janvier 1793, Armand de La Rouërie meurt de saisissement en apprenant la mort de Louis XVI.

L’autre raison de cette méconnaissance tient au fait que beaucoup moins d’études lui ont été consacrées si l’on compare avec celles, abondantes, sur Charette, Cathelineau, La Rochejaquelein, Stofflet, Frotté, Cadoudal, Jean Chouan, Bonchamps, etc. La Rouërie est pourtant le héros d’un livre monumental avec l’essai inégalé (et inégalable) de Gosselin Lenotre, Le Marquis de La Rouërie et la conjuration bretonne 1790-1793 (Perrin, 1903). Et il a son mausolée avec le superbe Tombeau de la Rouërie (Gallimard, 2000) de Michel Mohrt.

Le souvenir de ce héros de l’indépendance américaine est-il encore vivace outre-Atlantique ?

Il n’a jamais faibli. Dans le prologue de notre livre, nous racontons cette anecdote significative : lors de la percée d’Avranches, deux officiers américains de la percée de l’armée Patton dans le pays d’Antrain, vont faire le détour, en jeep, pour découvrir le château de La Rouërie. Au grand étonnement de la propriétaire des lieux à laquelle ils diront : « Madame, aux États-Unis, le nom du colonel Armand (son nom de guerre, les Américains, comme les Français d’ailleurs, n’ayant jamais su prononcer le nom « La Rouërie ») est plus connu que celui de La Fayette ». Lors d’un de mes voyages aux États-Unis, dans le souvenir et sur les traces de La Rouërie, un de mes hôtes en Virginie m’avait dit : « En 1917, ce n’est pas Lafayette nous voici que nous aurions dû dire, mais La Rouërie nous voilà ! » Ne pas oublier que La Rouërie s’est engagé aux côtés des Insurgents trois mois avant Lafayette et qu’il est reparti six mois après lui, après s’être assuré que tous ses hommes avaient reçu leurs arriérés de solde. Lafayette, qui travailla beaucoup pour la… galerie, fut un « pro de la com » (comme on dirait aujourd’hui), l’homme des petits arrangements entre frères-trois-points, l’exécutant dévoué de la Franc-maçonnerie. Rappelons encore que les États-Unis ont financé plus que largement la statue de La Rouërie à Fougères et l’installation d’une stèle commémorative devant le château de La Guyomarais où il est mort. Il était décoré de la Croix de Cincinnatus et membre, bien sûr, de la Société des Cincinnati créée en 1783 avec l’aval et l’appui de Washington.

Qu’est ce qui, selon vous, différencie La Rouërie des autres héros des guerres vendéennes et chouannes ?

Son sens politique affirmé. À l’égard de l’émigration sa position se résume en quelques mots : les absents ont toujours tort. S’il admet que les plus menacés aient pris le large pour sauver leur peau, il refuse cet exode qui a privé et privera la contre-révolution de précieux combattants. Lui ne quittera pas son château de la Rouërie et, quand il sera directement inquiété, il prendra le maquis. En Bretagne. Pas à Coblence. Pour lui, l’émigration est une forme de désertion. Il aura aussi théorisé et appliqué (même s’il est mort hélas trop tôt pour donner toute sa mesure) des techniques de guérilla découvertes outre-Atlantique chez les Indiens, les trappeurs, les coureurs de bois. À commencer par le hit and run (« frappe et décroche aussitôt »). Des opérations de commando avant la lettre (le mot commando est dû aux Boërs d’Afrique du Sud qui eurent à se battre, eux aussi, contre les Habits rouges). Des hommes aguerris, véloces, font la différence face à des bataillons lourds et lents à la manœuvre. Il eut surtout une vision globale de la contre-révolution. Loin de croire que la Bretagne à elle seule rétablirait le roi, il voulait des « chouanneries » d’ampleurs variables en Alsace, dans le Lyonnais, dans le Berry, en Provence, en Auvergne, dans le pays Basque, etc. Il avait une vision nationale de la reconquête. À ce titre, il mérite d’être mis à l’honneur. Et donc honoré.

Armand de La Rouërie, l’« autre héros » des deux nations, Alain Sanders et Jean Raspail, Éditions Dualpha, collection «  Vérités pour l’Histoire », préface de Reynald Secher, 198 pages, 27 € ; pour commander ce livre, cliquez ici.

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Entretien avec Jean-Michel Vernochet auteur de Comprendre la destruction de l’Iran

La confrontation Iran versus Israël pourrait reprendre à court terme 

Entretien avec Jean-Michel Vernochet qui vient de publier aux éditions Déterna, dans la collection « Vérités pour l’Histoire » Comprendre la destruction de l’Iran.

(Propos recueillis par Fabrice Dutilleul)

Jean-Michel Vernochet, né en 1947 à Paris, initié entre autres aux subtilités de l’Orient au sein de l’École nationale des Langues vivantes, a été responsable des Affaires francophones au Commissariat général de la Langue française, puis chargé de la com­mu­ni­cation et des publications au Centre des hautes études sur l’Afrique et l’Asie modernes. Ancien grand reporter au Figaro Magazine, il est membre de l’Académie de géopolitique de Paris.

 

« Pensons au BRICS [Brésil/Russie/Inde/Chine/Afrique du Sud/Iran/Égypte]
dont le poids démographique, économique et technologique est impressionnan
au regard d’un Occident à n’en pas douter sur le déclin,
infecté qu’il est par l’idéologie woke,
un messianisme mortifère et dernier avatar de la sanglante utopie communiste »

Le titre de votre livre laisserait entendre que la destruction de l’Iran serait en cours ou, en quelque sorte, inéluctable…

 En vérité, j’ignore si l’Iran sera détruit, c’est-à-dire si son régime – une théocratie parlementaire – sera renversé et si, à partir de là, ce grand et ancien pays, riche autant de ressources naturelles [gaz/pétrole] que de richesses humaines, reviendra, sera réintégré dans le marché mondial selon les vœux et les normes d’un Occident… Qui était hier encore sûr de lui et dominateur, mais qui aujourd’hui commence à être en proie au doute [un endettement colossal] et dont l’unilatéralisme prédateur doit faire face à un monde en mutation devenu ouvertement multipolaire.

Pensons au BRICS [Brésil/Russie/Inde/Chine/Afrique du Sud/Iran/Égypte] dont le poids démographique, économique et technologique est impressionnant au regard d’un Occident à n’en pas douter sur le déclin, infecté qu’il est par l’idéologie woke, un messianisme mortifère et dernier avatar de la sanglante utopie communiste.

Ceux que nous avions tendance à classer naguère – avec beaucoup de condescendance – dans la catégorie « Tiers-Monde » se sont effectivement réveillés. Voyez le chemin parcouru en quatre décennies par la Chine populaire convertie aux avantages du libéralisme économique, et le nôtre, en sens inverse : désindustrialisation dévastatrice, submersion migratoire, la mortalité excédant aujourd’hui le nombre de naissances et ce, malgré les ventres féconds des populations importées ; des institutions en panne, un Parlement [sénat et chambre des députés] rendu inutile en raison de la dictature des magistrats, en particulier ceux du Conseil d’État, qui réécrivent perpétuellement et a posteriori les lois après les avoir passées au crible de leur idéologie cosmopolitistes.

En tout cas la guerre des « Douze jours » a montré que la République islamique se défend et a su apporter un démenti cinglant aux ambitions israéliennes dont à cette occasion les faiblesses sont apparues au grand jour. Gageons que désormais, l’Iran fournisseur à hauteur de 17 % des hydrocarbures nécessaires à la Chine, est devenu un pion géopolitique trop important pour être facilement déplacé ou annulé sur le Grand échiquier global tel que dessiné en 1997 par le stratège de l’hégémonie américaine Zbigniew Brezinski.

Croyez-vous que la confrontation Iran versus Israël pourrait reprendre à court terme ?

Certainement. Si un peuple a donné des preuves de son obstination au cours des vingt-cinq siècles précédents, c’est bien le peuple hébreu qui n’en démord jamais. Depuis vingt-cinq ans, l’Iran est directement dans sa ligne de mire. Et l’opération du 13 juin 2025 Lion debout, murement réfléchie et préparée, était censée estomaquer ou pour le moins, fortement déstabiliser les instances dirigeantes du pays – frappes extensives et éliminations ciblées d’une quarantaine de haut dignitaires politiques et militaires ou scientifiques – et même parvenir à la chute du régime. Il n’en a rien été. Et la réponse iranienne a été à ce point vigoureuse, les défenses aériennes d’Israël ayant été rapidement dépassées et les arsenaux [israélo-américains] se vidant à vitesse grand-V, que seule l’intervention non prévue de Washington a finalement mis fin aux hostilités. Mais les choses n’en resteront pas là, c’est certain…

L’un des atouts majeurs du peuple juif, outre son goût inné de la vengeance, est sa persévérance, et plus encore son immarcescible [inoxydable] volonté de puissance qui lui a permis de conquérir des positions prééminentes au sein des oligarchies mondialistes et atlanto-européistes. Au milieu des années 50, Ben Gourion, Premier ministre du tout nouvel État, avait défini des cercles concentriques destinés à garantir la sécurité d’Israël… Une stratégie qui se poursuit depuis lors, allant de l’actuel désarmement du Hezbollah au Liban à la discrète mainmise sur le Sud Soudan – où Tel-Aviv se propose le cas échéant de déporter un million de Gazaouis – en passant par la démolition de l’Irak en 2003… L’Iran est bien entendu inclus dans cette vision et organisation géopolitique. Mais bien entendu ceci n’est qu’un aspect parmi beaucoup d’autres de la vindicte israélienne à l’égard de l’Iran, qui tient sa place et joue son rôle dans la grande rivalité stratégique Est/Ouest, Eurasie contre Atlantisme…

Donc pour ne pas clore ma réponse, oui les choses n’en resteront pas là, mais pourraient prendre une nouvelle tournure. La « destruction de l’Iran », en tout cas sa neutralisation géopolitique et sa réintégration dans le marché mondial de l’énergie sous la houlette anglo-saxonne, pourrait suivre des voies plus subtiles et aussi plus efficaces que des bombardements massifs et l’assassinat ciblé de ses élites.

Vous sous-entendez que le système dispose d’autres moyens que la force brutale pour mettre fin au pouvoir théocratique en Iran ? De quoi s’agit-il exactement ?

Vous n’êtes pas sans ignorer que le 8 août dernier, à Washington, le président Trump a réuni le président de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliev, et le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, pour la signature d’un accord devant mettre fin à quarante ans de conflit frontalier. Pour ce faire, l’Arménie devra modifier sa Constitution afin de renoncer définitivement à sa province du Haut-Karabakh, perdue en septembre 2023 à l’issue d’une guerre éclair où les drones de combat israéliens et turcs [les fameux Bayraktar également utilisé par les forces ukrainiennes] ont fait merveille au service de Bakou et du grand frère d’Ankara.

Les termes de l’accord discuté dans la capitale américaine prévoient notamment la mise en place d’un corridor – dit de Zanguezour – afin de relier l’Azerbaïdjan à son enclave du Nakhitchevan en traversant la province arménienne du Syunik, c’est-à-dire en suivant exactement le tracé la frontière entre l’Arménie et l’Iran ! Ce qui évidemment, si l’on n’est pas complétement aveugle, représente une menace stratégique pour l’Iran… Long de 43 km, ce couloir permettrait de réduire la distance entre la Turquie et l’Azerbaïdjan de 343 km, par rapport à la liaison actuelle via la Géorgie et de gagner un jour sur le transport de fret entre l’Europe et la Chine. Un corridor qui pourrait, rapidement tripler son volume [jusqu’à 11 millions de tonnes de transit] et accroître ainsi de 30% les échanges entre la Chine et l’Union européenne.

Téhéran est bien entendu vent debout contre ce projet, jugeant que ce couloir pourrait constituer une porte d’entrée directe pour Israël et l’Otan dans le Caucase où l’Azerbaïdjan poursuit la consolidation de ses capacités militaires grâce à Tel-Aviv et Ankara. Il modifie en outre l’équilibre géostratégique de la région au profit de la Turquie et au détriment de l’Iran dont les provinces du Nord, Azéries, quoique loyales sont néanmoins travaillées en permanence par des agents étrangers.

Bref, le maintien de la frontière terrestre avec l’Arménie est un enjeu vital pour l’Iran et la voir disparaître serait l’un des moyens utilisables pour l’asphyxier économiquement. En mot, perdre l’accès et le voisinage directs avec l’Arménie signifierait pour Téhéran l’affaiblissement de son influence dans le Caucase et le renforcement de l’axe Ankara-Bakou. Corridor qu’il faut évidemment regarder comme l’un des éléments d’un dispositif plus vaste visant à encercler l’Iran, la Russie et la Chine… Or si « Avec le corridor de Zanguezour, l’Iran est encerclé », nous avons-là un prélude à sa dissolution, et donc à sa disparition en tant que nation libre et sa lente digestion dans le grand chaudron du Nouvel Ordre Mondial ultra-libéral-libertaire.

Comprendre la destruction de l’Iran, Jean-Michel Vernochet, éditions Déterna, 152 pages, 21 €. Pour commander ce livre, cliquez ici.

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Entretien avec Richard Dessens, auteur de La nouvelle Tour de Babel

Les drames de la modernité occidentale : La nouvelle Tour de Babel aux éditions Dualpha

(Propos recueillis par Fabrice Dutilleul)

Enseignant depuis plusieurs années, Docteur en droit, DEA de philosophie et licencié en histoire, Richard Dessens est l’auteur d’ouvrages d’histoire des idées politiques, de relations internationales, d’essais politiques et d’une biographie du grand journaliste du XIXe siècle Henri Rochefort. Il collabore au site de la réinformation européenne EuroLibertés.

 

« Les hommes ont besoin de croyances
et d’éprouver une foi
dans une supériorité même mystérieuse
que le “progrès” et les “droits-de-l’homme”
ont détruite »

Quelle est la signification d’un tel titre « La nouvelle Tour de Babel » ?

Cette histoire biblique renferme en elle-même tous les drames auxquels est confrontée notre modernité occidentale. D’abord l’orgueil des hommes se croyant devenus l’égal de Dieu et dont la seule religion est celle de l’homme lui-même, puisque l’homme est devenu Dieu. Ensuite, la mixité « heureuse » de cette humanité divinisée mélangeant les êtres et les langages. Enfin la sanction divine qui punit les hommes de leur orgueil, de leur rejet d’un ordre que Dieu a voulu et qui provoque un retour des hommes dans leurs milieux d’origine avec leurs langues, leurs identités, leurs territoires.

Vous assimilez cet épisode biblique au monde européen actuel ?

Je considère toutefois qu’il conviendrait de remplacer l’intervention de « Dieu » par le retour à la grande loi de Nature. Mais hormis cette européanisation d’un épisode extra-européen, oui, je pense que notre modernité occidentale, symboliquement, est en train de se rapprocher de la Tour de Babel avec toutes ses conséquences. Mon espoir repose sur la possibilité de renouer avec de nouvelles forces supérieures qui imposeraient ce que le Dieu biblique a réalisé.

Vous insistez beaucoup sur le rôle déterminant et incontournable de la religion en politique. Cela peut surprendre à une époque où la laïcité triomphe…

Elle triomphe en Europe. Mais pas ailleurs. L’Islam nous montre que la religion est au contraire très vivace et renaissante ailleurs qu’en Europe. La politique sans la légitimation religieuse ne peut être crédible lorsqu’elle n’est que le fruit d’une volonté autonome de quelques hommes idéologisés, malgré tout ce que l’on peut en dire. Au fond, les hommes ont besoin de croyances et d’éprouver une foi dans une supériorité même mystérieuse que le « progrès » et les « droits-de-l’homme » ont détruite.

Pourtant vous attaquez parfois très durement le christianisme

Bien sûr ! Le christianisme a amené progressivement le désastre politique actuel à travers une philosophie théologique destructrice. Car au départ de toute politique il y a toujours une philosophie ou une théologie qui la sous-tend. C’est bien là qu’est le problème lorsque les peuples pensent que la politique est une création sans idées directrices enfouies en son tréfond. La philosophie ou la théologie font l’essentiel de toute ligne politique.

On peut être surpris des longs développements que vous consacrez à la « religion naturelle » celtique

J’essaie en effet de réhabiliter ce que le christianisme, religion extraeuropéenne faut-il le rappeler, sans lien avec les identités de l’Europe, a méthodiquement détruit et ridiculisé, alors que combien de rites ou manifestations chrétiennes sont aussi invraisemblables que celles moquées par le christianisme sur les « superstitions » ou crédulités dites « païennes » ? La religion naturelle identitaire de l’Europe n’est pas le christianisme, même si 1500 ans de bourrage de crâne ont imprégné de prétendues vérités bibliques ou évangéliques. Le christianisme fait aujourd’hui parti des legs européens, mais n’en n’est qu’une manifestation culturelle.

Vous évoquez souvent la « frontière infranchissable » entre l’homme et la Nature…

Oui, c’est le fond de tout. La religion naturelle polythéistes considérait que l’homme est une partie intégrante de la Nature et lui doit obéissance. Le christianisme, puis les Lumières et leurs suiveurs modernes rejettent totalement cette idée fondamentale et place l’homme au-dessus de la Nature, devant la dominer, la briser pour son bon plaisir, puisque l’homme a été sacralisé et quasiment déifié. C’est la plus grande catastrophe philosophique qui nous est arrivé. Les conséquences sur la pensée politique sont considérables. Le problème est que cette inversion de la pensée est extrêmement difficile à faire admettre à des peuples lobotomisés auxquels on a fait croire à la vérité absolue qui leur est dispensée depuis deux siècles notamment.

Votre thèse n’est-elle pas utopique et éloignée des réalités actuelles ?

Elle est au contraire une explication implacable du désastre civilisationnel que nous vivons en Europe, face à une religion, notamment, triomphante et fière d’elle-même. Quant à l’« utopie » que vous évoquez, je dirais plutôt « don quichottesque », tant rapprocher les Européens de leur religion d’origine ressemble à une gageure en effet, après qu’elle eût été tant ridiculisée parce qu’elle faisait peur au nouveau pouvoir chrétien. Si l’Europe doit mourir de sa désacralisation, sans religion propre, sans croyances fortes et sans fierté, c’est que ses peuples ne méritaient pas de survivre. C’est là aussi la grande Loi de nature : les plus faibles doivent disparaître. Tant pis pour eux. Malheureusement pour l’Europe.

La nouvelle Tour de Babel, Richard Dessens, Éditions Dualpha, collection « Patrimoine des héritages », 130 pages, 21 € ; pour commander ce livre, cliquez ici