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Entretien avec Richard Dessens, auteur de Plaidoyer pour une Russie européenne

(propos recueillis par Fabrice Dutilleul)

Enseignant depuis plusieurs années, Docteur en droit, DEA de philosophie et licencié en histoire, Richard Dessens est l’auteur d’ouvrages d’histoire des idées politiques, de relations internationales, d’essais politiques et d’une biographie du grand journaliste du XIXe siècle Henri Rochefort. Il collabore au site de la réinformation européenne EuroLibertés.

 

« La Russie est un pays sans frontières naturelles
et qui depuis plus de mille ans a tenté,
au prix de guerres incessantes et meurtrières,
d’en stabiliser des contours,
notamment sur son flanc ouest européen »

 

N’est-il pas hasardeux d’évoquer un « plaidoyer » concernant la Russie, et encore moins une Russie « européenne » ?

En effet, j’ai bien conscience d’aller à contre-courant d’un véritable « lavage de cerveau ». La Russie serait l’ennemie car dirigée par une « boucher » (Vladimir Poutine), tandis que l’Ukraine injustement envahie, aux mains d’un Volodymyr Zelenski exalté et prêt à verser le sang de l’Europe pour servir ses intérêts, doit être défendue, serait-ce au prix d’un affrontement militaire de l’Union européenne avec la Russie. Tout cela est une nouvelle folie mortifère, supportée par une idéologie des élites européistes, mixitaire, droit-de-l’hommienne, wokiste, immigrationniste, négatrice des valeurs civilisationnelles de l’Europe. Pour elle, la Russie est l’incarnation de tout ce qu’elle déteste et qu’elle est en train de détruire au sein même de l’Europe, malgré quelques sursauts minoritaires encore.

Il semblerait qu’il y ait tout de même un consensus en Europe pour contrer la Russie. Votre position est très marginale. Comment pouvez-vous la justifier ?

Il y a deux questions majeures à distinguer. La première, je viens de l’évoquer et elle ressort d’une lutte idéologique contre Vladimir Poutine. La seconde est d’une autre nature : elle consiste à ignorer, lorsqu’elle ne caricature pas ou ne méprise pas, la position russe avec ses impératifs, son histoire, ses mentalités, son âme souvent dévastée, ses nécessités existentielles. L’excellent ouvrage récent de Jacques Allaman, Russie : plaidoyer pour un pays méconnu, en explique d’ailleurs très bien les tréfonds. La Russie est un pays sans frontières naturelles et qui depuis plus de mille ans a tenté, au prix de guerres incessantes et meurtrières, d’en stabiliser des contours, notamment sur son flanc ouest européen. Le « consensus » des élites européiste dont vous parlez est en réalité une union contre la Russie qu’elles considèrent comme l’ennemi de son idéologie, dans la continuité de la période dépassée de l’URSS communiste, mais aussi, il ne faut pas l’oublier, de la Russie tsariste, également méprisée par l’Europe, sauf la petite période de la fin du XIXe siècle où l’appui de la Russie dans la préparation de la revanche de la France contre l’Allemagne, était utile.

Vous insistez sur l’histoire millénaire tragique d’une Russie sans cesse menacée et envahie. Par la Pologne-Lituanie, la Suède, les Mongols, les Ottomans. Vous la présentez aussi comme le rempart de l’Europe contre toutes les invasions.

Vous avez raison, mais malheureusement qui connaît en France cette histoire dramatique qui a forgé le caractère et les nécessités russes ? Peu de monde probablement tant l’Europe bien-pensante s’est évertuée à l’occulter, ou la déformer ou la stigmatiser grossièrement. Je crois en effet que la Russie est le rempart de l’Europe dont elle fait partie intégrante par son origine scandinave et slave notamment. Le peuple russe est un peuple européen qui a le grand défaut aux yeux des élites européistes de vouloir conserver les valeurs traditionnelles et même religieuses de l’Europe.

Vous plaider pour une union avec la Russie. N’est-ce pas une idée utopique irréalisable ?

En l’état actuel de l’Europe vous avez certainement raison. Une telle union passe par une priorité préalable : celle de la survie de la civilisation européenne, avant tout autre considération économique ou politique. L’essentiel est bien là aujourd’hui. Mais les peuples européens n’en ont pas encore conscience et privilégient leur confort apparent, dans une modération lâche censée être le privilège de l’intelligence, et préférant se fermer les yeux sur les catastrophes qui se profilent. Les États-Nations, de création d’ailleurs récente, doivent disparaître au profit d’une Europe régionaliste dont les contours existent d’ailleurs déjà (petits États européens (Hongrie, Belgique, Slovénie, etc.), Landers ou régions françaises, italiennes ou espagnoles). Cette Europe nouvelle, Europe des peuples charnels, Europe-Puissance, autonome des USA notamment, avec un véritable Président doté de réels pouvoirs décisionnaires, pourrait alors mettre en œuvre une alliance sincère avec la Russie, avec laquelle il n’y aurait plus qu’une seule frontière respectant l’histoire de la Russie. Utopique ? Une union civilisationnelle de l’Europe a été déjà tentée à plusieurs reprises, mais sans succès car toujours au nom d’un État dominateur. Non si une révolution des esprits et la conscience du devenir européen renversent enfin les idées toutes faites.

Plaidoyer pour une Russie européenne, Richard Dessens, Editions Dualpha, collection « Patrimoine des héritage », 218 pages, 29 €. Pour commander ce livre, cliquez ici.

 

 

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